Accueil du site > Histoire > Chronique d’une vie clandestine sous l’occupation > Chapitre 5 : Le voyage d’avant-garde

Chronique d’une vie clandestine sous l’occupation

Chapitre 5 : Le voyage d’avant-garde

Souvenirs de Maurice Dreyfuss, alias Maurice Masson

mardi 10 janvier 2012, par Frédéric FLEURY, Michel BILLAUDAZ.

Il me semblait prudent de m’assurer d’abord par moi-même et sans être accompagné de ma femme, si l’aventure avait des chances de réussir. Aussi, muni de tous les papiers soigneusement rangés, j’entrepris une fois de plus le voyage en Haute-Savoie, en enregistrant comme d’habitude ma bicyclette. Dans l’express Lyon-Annecy, les contrôles avaient été renforcés par rapport aux voyages précédents. Vu les nombreux passages clandestins pendant la période de Noël-Nouvel-An, les autorités allemandes avaient vraisemblablement exigé des fonctionnaires français d’accroître leur vigilance. Il y eut,certes, parmi les contrôleurs du train des récalcitrants qui ne tenaient pas à collaborer, mais d’autres, hélas s’exécutaient - souvent même avec trop de zèle.

Dès le départ du train, un inspecteur civil français examine très minutieusement les papiers d’identité des voyageurs. Les miens lui parurent fort satisfaisants : je n’eus à répondre à aucune question. À partir d’Annecy le voyage se poursuivit en autocar : une excursion magnifique à travers un typique paysage alpestre, les monts du Salève et le pittoresque Chablais d’où émergeait la Dent d’Oche, au milieu d’un massif montagneux dont les cimes enneigées étincelaient au soleil hivernal. De quoi forcer l’admiration des voyageurs - mais en ce qui me concernait, les tracas, les soucis et l’inquiétude ne permettaient guère de profiter avec sérénité de ce voyage enchanteur. C’étaient les gendarmes et les douaniers qui assuraient les contrôles et ceci d’une façon très systématique. L’un de ces inquisiteurs me soumit à un interrogatoire très serré. Il ne me sembla pas impossible que les trop nombreux papiers puissent éveiller quelque suspicion. J’eus même à réciter mon petit « topo » sur le manque de la carte de tabac - avec succès. De plus en plus je crus à ma chance.

Donc par une journée de janvier 1943, toujours froide – l’hiver était sans pitié et sans égards au rationnement des moyens de chauffage – le professeur Masson du Collège St Joseph débarqua dans la cité haut-savoyarde.

Il fallait maintenant consolider la nouvelle identité, me mettre entièrement dans la peau de mon nouveau personnage. Le jour même de mon arrivée, je débutais au collège par un entretien avec le directeur.

Thèmes

:-( 1744 - 73 :-)